Le peuple Hmong

Les Hmong, « harkis d’Indochine » et acteurs de l’avenir de la Guyane

Certains membres de ce peuple des montagnes du nord Vietnam ont combattu avec les Français pendant la guerre d’Indochine, puis avec les Américains pendant celle du Vietnam. Quelques milliers immigrèrent, dont plusieurs centaines en Guyane, où les autorités avaient un plan pour eux. Franck Ladrière vous propose quelques extraits d’un article publié par Hélène Ferrarini sur le site slate.fr en 2014.

Il y a soixante ans se jouait dans une cuvette de l’Indochine l’une des plus cuisantes défaites militaires françaises. Là-bas, comme en Algérie, des combattants «indigènes» ont porté les armes aux côtés des troupes françaises. Le nom de Harki vient instantanément à l’esprit pour le cas algérien. Mais les Hmong sont moins connus et leur histoire n’est pas sans rappeler celle des Harkis, sauf que ce nom n’est pas celui d’un statut, mais d’un peuple.

En tant que peuple, les Hmong furent toutefois divisés pendant ces guerres. La scission commence dès l’invasion japonaise de l’Indochine pendant la Seconde Guerre mondiale. Certaines familles soutiennent alors les Français, tandis que d’autres collaborent avec les Japonais. Pendant la guerre d’Indochine, on retrouve des Hmong du côté des forces coloniales françaises, mais aussi du Viêt Minh. Il en est de même lorsque les Américains investissent la région.

 

La collaboration indirecte toucha toutes les familles

La guerre, avec son lot de bombardements et de déplacements de population, fait de la nourriture une question cruciale. Et pour accéder à l’aide alimentaire américaine, il est fortement conseillé d’avoir un proche dans l’armée ou l’administration. « Cette forme de collaboration indirecte toucha pratiquement toutes les familles, expliquent les chercheurs Jean Michaud et Christian Culas dans un article sur l’histoire des migrations hmong, bien au-delà de leur volonté, parfois farouche, de ne pas entrer dans le conflit entre les partisans communistes et les défenseurs de l’ancienne royauté laotienne soutenue par les Américains. Dans les « zones libérés » du Nord, le pouvoir communiste voyait, lui aussi, d’un très mauvais œil le pacifisme de certains. Ne pas prendre part au conflit, c’était toujours être soupçonné de sympathie pour l’ennemi ».

Associés de gré ou de force aux armées françaises puis américaines, les Hmong sont des «traîtres» pour les communistes qui prennent le pouvoir en 1975. Pour éviter représailles et rééducation, plus de 100 000 Hmong quittent alors le Laos et le Vietnam pour se réfugier en Thaïlande. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés leur reconnaît le statut de réfugié. Et des pays occidentaux, au premier chef la France et les Etats-Unis, proposent à certains d’immigrer.

La grande majorité d’entre eux s’installèrent aux Etats-Unis. C’est d’ailleurs certains de leurs descendants que Clint Eastwood met en scène dans son film Gran Torino où une jeune Hmong donne une petite leçon d’histoire à un vieux vétéran de la guerre de Corée raciste jusqu’à la moelle, campé par Eastwood lui-même.

 

« Les Asiatiques s’adaptent très bien aux conditions guyanaises »

En France, environ 10 000 Hmong immigrèrent, dont plusieurs centaines en Guyane, où les autorités avaient un plan pour eux. L’objectif: développer l’agriculture et peupler ce vaste territoire amazonien, où un Plan vert vient d’être lancé. La France peut ainsi remplir un double objectif : accueillir des Hmong tout en tentant une nouvelle mise en valeur agricole de la Guyane.

Pour Marie-Odile Géraud qui a consacré un ouvrage aux Hmong de Guyane, dès 1975, le sort de la Guyane est lié à celui des réfugiés asiatiques. «La question se pose en effet en termes internationaux et la France, concernée au premier chef en tant qu’ancienne puissance tutélaire en Indochine, veut agir en faveur des populations laotiennes, vietnamiennes et cambodgiennes. Pour Pierre Dupont-Gonin [économiste ayant vécu en Indochine et en Guyane, à l’origine de l’installation des Hmong en Guyane], la cause est entendue : du point de vue de la géographie, les Asiatiques s’adaptent très bien aux conditions guyanaises, et au climat, sous lequel ils peuvent mener leur vie traditionnelle.»

Des montagnes du Laos à la forêt amazonienne, il n’y aurait presque qu’un pas… L’idée reçoit l’aval du Président du Conseil général de Guyane de l’époque et le recrutement débute. Voici ce qu’on peut lire dans Regards sur les Hmong de Guyane française: Les détours d’une tradition de Marie-Odile Géraud, un travail émaillé de nombreux témoignages recueillis auprès des Hmong de Guyane : « Dans les camps de Thaïlande, on commença à recruter les candidats à l’émigration auxquels on proposait explicitement de s’installer en Guyane pour s’y livrer à l’agriculture. Mais il faut bien constater que de l’aveu même des intéressés la motivation principale était bien davantage la volonté de quitter les camps que celle de gagner la Guyane qui, dans le meilleur des cas, ne correspondait à rien dans leur esprit. »

 

De la riziculture au maraîchage

Mais beaucoup de Guyanais voient d’un mauvais œil la venue de réfugiés asiatiques. Des rumeurs auraient même évoqué l’arrivée de 40 000 personnes. La Guyane compte alors une population de 55 000 habitants. Pour éviter un accueil hostile, les premiers Hmong qui atterrissent à l’aéroport de Cayenne en 1977 sont amenés de nuit en camions bâchés à l’endroit qui leur a été assigné, comme Cacao, ancien site d’orpaillage abandonné sur la commune de Roura. « La découverte au matin de ce site entouré de forêt ne fut pas pour les rendre enthousiastes : devant la pluie incessante, la perspective d’un travail de défrichage gigantesque, la présence certes rassurante des militaires français mais qui rappelait un peu trop la situation dans les camps, les Hmong avouent aujourd’hui qu’ils ont éprouvé une grande déception », commente l’ethnologue Marie-Odile Géraud.

Le projet gouvernemental de faire de la riziculture est vite délaissé par les Hmong, qui se consacrent au maraîchage et à l’arboriculture. En deux ans, ils atteignent l’autosuffisance alimentaire et commencent à fournir les marchés guyanais. Ils approvisionnent tous les marchés du département. Une réussite qui incita même plusieurs familles hmong à quitter la France métropolitaine pour s’essayer à l’agriculture guyanaise.

Les Hmong sont aujourd’hui parfaitement intégrés en Guyane et sont même devenus un des moteurs essentiels de son agriculture. Une réussite qui demande encore du travail et des investissements. Une réussite qui a incité Dom Com Invest à concentrer ses efforts sur cette communauté dynamique, digne de confiance.

Une fois par mois,

Retrouvez les derniers articles parus sur le blog de
Franck Ladrière et ne ratez aucune information
pour réduire l’impact financier de l’impôt

en lui donnant du sens !